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La sérigraphie

Il n’y a pas une date précise pour marquer les débuts de la sérigraphie. Il n’y a pas plus un nom à donner pour identifier un quelconque découvreur ou inventeur.

Cette technique était utilisée au Japon au XVIIe siècle et comme beaucoup de choses qui ont cours au Japon ont une origine chinoise, on peut dire que la sérigraphie a été utilisée tout d’abord en Chine, et principalement pour ennoblir des tissus.

En effet, la tradition chinoise de teinture est ancienne. Une méthode pour réaliser des teintures est l’empâtage. On appelle « empâtage » le fait de ménager des réserves sur un tissu à l’aide de pâte. Cette méthode et l’ensemble des procédés qui s’y rattache était très répandue chez les teinturiers à domicile en Chine au XIIe siècle. Elle était connue sous le nom de « in-fa-pu » (en transcription). La pâte utilisée était préparée à l’aide de colle et de son de riz broyé et pétri ou d’un gel mélangé à de la chaux. Elle était appliquée sur les tissus destinés à être teints au moyen d’un tube de bambou ou au moyen d’un pochoir.Les tissus teints de cette manière étaient en chanvre, en soie et en coton et servaient à faire des vêtements, couvre-lits et fichus.

Les pochoirs (« katagami ») utilisés dans cet artisanat étaient découpés dans du papier qui était au préalable enduit de vernis pour le rendre plus résistant et imperméable. La découpe s’effectuait à la main en double exemplaire. Entre ces deux exemplaires, un réseau de fils de soie (peut être de cheveux) était mis en place pour rendre l’ensemble plus solidaire. La pâte était passée à l’aide d’une racle et dans certains cas à l’aide d’un pinceau large. Après séchage du dépôt laissé par les parties ouvertes du pochoir, les tissus étaient teints et ensuite lavés pour éliminer la pâte. La finesse obtenue était de l’ordre du millimètre.

Plusieurs méthodes d’ennoblissement de tissu utilisent le pochoir.

Les impressions traditionnelles de tissus appelées « bingata » combinent les trois méthodes suivantes : réserve par empâtage au pochoir, enluminure au pinceau et impression directe au pochoir. Une quarantaine de dessins est dédiée à cette technique (une dizaine représentent des animaux et une trentaine des fleurs et des paysages).

Le procédé « chusen » consiste lui, à imprimer au pochoir une réserve sur un tissu de telle manière que cette réserve se trouve répétée dix fois par exemple. Le tissu est ensuite plié dix fois (dans notre cas de figure) selon les impressions, puis teint en aspergeant le tissu de colorant. Certaines teintures complexes nécessitent jusqu’à 150 pochoirs.

Un autre type de tissu appelé « yuzen » combine aussi ces trois phases. Les motifs sont imprimés au pochoir, puis coloriés à la main avec un pinceau, et recouverts d’une pâte de réserve avant d’être teints d’une teinture appliquée à la racle.

Bien qu’on retrouve les tissus dont je viens de parler à l’époque de la dynastie Ming en Chine (1368-1662), certains attribuent la découverte de la sérigraphie à un japonais du nom de « Some-Ya-Yu-Zen » au XVIIe siècle (époque du shogunat d’Edo).

C’est vrai qu’à cette époque, la sérigraphie avait une importance très grande, comme nous le montre un livre “24 représentations de l’artisanat japonais » d’après Yoshinobu Kano (1552 – 1640) qui met en scène la vie d’un atelier de sérigraphie.

Au Japon à l’époque Muromachi et Momoyama (XIVe et XVe siècle) la sérigraphie fut utilisée en complément de la teinture faite grâce à des ligatures (tie dyeing), l’ensemble de ces impressions s’appelle « tsujigahana ».

Il s’agit d’une technique destinée à décorer les tissus et les vêtements avec des feuilles d’or et d’argent. Dans ce dessein, l’opérateur imprime de la colle sur le tissu puis pose une feuille d’or dessus, une fois la colle sèche il brosse le tissu, l’or reste accroché uniquement aux endroits où se trouve la colle.

Cette technique est la même que l’on utilise aujourd’hui pour avoir des impressions métalliques sur un tee-shirt, actuellement on utilise à la place des feuilles d’or des feuilles de mylar® (non autocollant). L’étude des motifs imprimés de cette manière montre à plusieurs endroits qu’un pochoir rudimentaire ne pouvait être utilisé et qu’il fallait bien qu’il soit renforcé avec des liens très fins.

Dans sa forme actuelle, la sérigraphie est quelque chose de récent. Elle date du début du siècle, redécouverte aux États-Unis et en Grande-Bretagne simultanément, puis introduite en France vers 1930, notamment pour l’impression de plaques publicitaires en tôles émaillées. Aux États-Unis on lui découvre sa vocation industrielle et graphique et elle prend un essor colossal dans le marquage à même l’objet. Pendant la crise de 1930 les artistes l’adoptent, voyant là un moyen économique de reproduire leurs oeuvres (citons Ben Shan, Robert Gwathmey, Harry Sternberg, puis Jackson Pollock et Marcel Duchamp). Ils la rebaptisèrent « sérigraphy » par opposition à « silkscreen » utilisé dans l’industrie. En 1945 en Allemagne la sérigraphie (siebdruck) arrive sur le fuselage des avions US où des « comics » étaient imprimés, en France elle s’appellera d’abord séricigraphie (séricum = soie), puis enfin sérigraphie. La sérigraphie est adoptée par le mouvement du Pop art et des artistes tels qu’Andy Wahrol, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg, James Rosenquist.

Ces artistes ont travaillé souvent en collaboration avec des sérigraphes professionnels qui se sont occupés de la partie technique du travail.

La sérigraphie est aussi un procédé d’impression qui est un pur produit de la société industrielle répondant à un besoin de marquage solide durable et bon marché. C’est actuellement un des moyens les plus modernes de reproduction parce qu’il se prête à tous les supports. On l’utilise en électronique (marquage des références et fabrication de circuits imprimés, impression des circuits souples), impression des claviers de micro-ordinateurs, et des composants. On se sert aussi de la sérigraphie pour imprimer des emballages de toutes sortes, pour la publicité sur le lieu de vente (PLV) sur des matériaux les plus variés tels que le carton, PVC, polypropylènes, polycarbonates, etc. Le marché de la sérigraphie est en progression constante, des entreprises de petites et moyennes dimensions se le partagent. On trouve aussi de nombreuses unités d’impression « intégrées » à l’intérieur de grandes industries (dans les verreries par exemple).

Chaque année, en Europe, en Asie et en Amérique du Nord ont lieu des salons internationaux exclusivement réservés à la sérigraphie et à l’impression numérique.